Cannes, par pitié, désinfluencez-vous !
- Hélène BRASSEUR

- 21 mai
- 3 min de lecture

« Si on n’était pas là, ça serait un peu triste. C’est nous qui embellissons le truc ». Ces mots, ce sont ceux d’Oceane El Himer, connue pour avoir participé à plusieurs émissions de télé-réalité, sur Sud Radio.
Toujours pour Oceane El Himer, « il n’y a pas que les acteurs ». Et elle s’énerverait presque quand d’autres lui disent qu’elle n’a pas forcément sa place pour la montée des marches du Palais des Festivals. Donc elle reste bien ancrée dans son idée (assez lunaire à mon goût, et je vais rester tiède dans mon propos) qui voudrait que les influenceurs, youtubeurs et toute cette grande famille du « nouveau divertissement » des années 2020 soit presque devenue essentielle pour faire vivre un festival qui a pour but premier, et depuis des années, de mettre en avant le cinéma. Le cinéma, le GRAND écran. Pas le petit d'un télé et celui encore plus petit des smartphones. Et je ne sais pas qui on doit le plus blâmer pour le coup : les influenceurs invités, ou les marques, organisateurs et sponsors qui invitent ?
Au revoir glam', bonjour comm' ?
Je ne parle pas de toutes les soirées organisées autour des projections de films. Ce sont des opérations de communication donc, pourquoi pas. Et encore, car pourquoi les acteurs n’auraient-ils pas eux-mêmes une influence assez grande pour faire rayonner un événément, et donc une marque ? Ces marques, n’ont-elles plus assez d’ambition pour demander à des stars du 7ème art de les représenter lors d’une soirée ? C’est triste, mais passons. Sur la stricte montée des marches en revanche, un mot : pourquoi ??? Les acteurs ne se suffisent-ils pas pour ce qui est du glamour, de la notoriété, du spectacle ?
C’était le cas avant. A l’époque où l’influence n’était encore même pas née. Et c’était glamour, insolent parfois, drôle pourquoi pas (et le tapis rouge ressemblait moins à un hall de gare aux heures de pointe, ce qui ajouterait un peu de prestige au lieu)… N’y a-t-il pas eu de grands moments sur la Croisette offerts par les seuls réalisateurs ou acteurs présents ? Je crois que si. Les archives de l’événement pourront le prouver. C’est Isabelle Adjani qui a été « boudée » par les photographes, c’est Julia Roberts et Kristen Stewart qui ont marché pieds-nus, c’est Tom Cruise qui a vu la Patrouille de France passer au-dessus de sa tête, c’est Brigitte Bardot qui a déchaîné les foules, c’est Judith Godrèche qui a pris le temps de poser avec les mains sur la bouche… et on ne parle pas de tous ceux qui ont déferlé la chronique par leurs looks, comme Natalie Portman apparue avec le crâne rasé. Un petit exemple, parmi tant d’autres. Tellement d'autres...

Cette année, c’était une véritable marée sur le tapis rouge. Une inflation de monde, une déflation de charme. Et le pire c’est que quand on voit des vidéos de certains influenceurs qui se préparent pour leur « montée », ils le font depuis tellement d’années qu’ils en parlent sans aucune excitation dans la voix, comme si c’était désormais un dû dans leur quotidien de « star » du web. VIP ? Very Important Person ? Non, VUP. Pour cette quinzaine, Very Unimportant Person (ceux qui ont la réf’ du film où on entend ça - puisqu’on parle de film avec Cannes normalement - je vous salue).
Et ceux de l'ombre ?
Et si les influenceurs sont invités, qu’en est-il des intermittents du spectacle ? Des comédiens qui se battent pour accumuler un nombre de cachets suffisants pour acquérir leur statut ? De toutes les personnes qui travaillent dans les coulisses d’un tournage et sans qui un film ne peut pas être fait ? Je me trompe peut-être mais est-ce que tout a été prévu pour les inviter ? Et pourtant, c’est bien leur monde, à eux. Et on pourrait leur donner droit à un peu de merveilleux à ces techniciens, à ces maquilleurs ou qui sais-je, plutôt que de le donner trop facilement à des personnes accro au bling-bling et aux fausses paillettes. La plus grande injustice, elle est pour eux. Et les acteurs « bankables », les stars du grand écran qui ont, il y a quelques années, crié à l’injustice pour les intermittents, les aident-ils seulement ? Crient-ils encore une fois, à l'injustice ?
Alors Cannes, je sais que le Festival se termine très bientôt pour cette année. Mais pour 2027, s’il vous plaît, revoyez vos priorités. Vous et vos marques partenaires. Remettons le cinéma au centre de la Croisette. Tout le cinéma. Du plus blockbuster au plus timide. L’art ne s’en portera que mieux. Pour revenir au début, certes, il n'y pas que les acteurs. Il y a plein d'autres métiers à mettre en avant. Mais celui d'influenceur, non, pas vraiment. Vraiment pas.



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